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Le secret pour gérer les pertes et frapper des coups de circuit

Bourse de Montréal
5 février, 2021
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Le secret pour gérer les pertes et frapper des coups de circuit

J’ai 15 ans d’expérience en tant que conseiller en stratégies boursières auprès de milliers d’investisseurs individuels et institutionnels en devises, en contrats à terme, en actions et en options. Chez les investisseurs autonomes, il arrive fréquemment qu’une série de petits gains consécutifs, sur quelques semaines ou quelques mois, soit effacée par une poignée de pertes importantes. Cela pousse de nombreux investisseurs à suivre des « professionnels » ou à chercher de « meilleures » stratégies de négociation, ce qui leur permet rarement d’améliorer le sort de leur portefeuille. C’est qu’en règle générale, la clé du succès n’est ni la stratégie ni les indicateurs utilisés, mais plutôt le processus de gestion du risque. Dans le présent billet, je vous parlerai des pratiques exemplaires des investisseurs professionnels, dont le succès repose en grande partie sur une gestion rigoureuse du risque. Pour en savoir plus sur la façon de gérer des opérations gagnantes, consultez notre plus récent webinaire à ce sujet.

Prévenir les pertes importantes

De nombreuses études et preuves empiriques en témoignent : l’humain a un point de vue biaisé sur le risque et le rendement. Par exemple, des recherches ont démontré qu’à montants égaux l’émotion associée à une perte est deux fois plus forte que celle qui est associée à un gain. C’est ce qui pousse certains investisseurs à conserver trop longtemps des positions perdantes et à liquider trop tôt des positions gagnantes.

Il faut se rendre à l’évidence : dans le monde des placements, on ne peut pas échapper aux pertes. Selon mon expérience, c’est en cherchant à éviter de petits revers que l’on encaisse, ironiquement, certaines des plus grandes pertes. À un moment ou un autre, nous avons probablement tous connu une situation où nous avons tenté de compenser une petite perte en augmentant la taille de la position, laquelle s’est finalement empirée et a gonflé la perte. Malheureusement, certains investisseurs vont en faire une habitude jusqu’à ce qu’ils perdent la totalité du capital de leur compte. On peut donc se poser la question suivante : comment reprogrammer son cerveau pour éviter ce piège?

Pour composer avec cette bizarrerie de la nature humaine, les professionnels adoptent une démarche fondée sur des règles. Il s’agit tout d’abord de dissocier les concepts de position gagnante et de profit. Malgré leur corrélation, ils ne sont pas indissociables. La plupart des investisseurs en difficulté croient, à tort, que pour gagner de l’argent, il suffit de gagner un peu plus souvent. Or, on observe qu’en règle générale ce sont quelques pertes importantes qui font tomber un compte dans le négatif. Ainsi, l’objectif principal ne devrait pas être d’éviter complètement les pertes, mais bien de prévenir les plus importantes, ce qui demande de la discipline. À cette fin, l’investisseur peut, par exemple, recourir à des ordres stop ou à des stratégies sur options à risque limité. De plus, il ne devrait jamais miser plus de 2 % de son compte sur une seule opération. Surtout, il est préférable de ne jamais augmenter le risque d’une position défavorable.

Frapper des coups de circuit

En suivant des règles pour réduire les pertes, les professionnels passent le moins de temps possible à gérer les positions perdantes et le plus de temps possible à gérer les positions gagnantes. J’ai constaté que les investisseurs en difficulté vivent plutôt la situation inverse. Une fois qu’un investisseur a pris l’habitude de suivre des règles pour limiter ses pertes, il peut se concentrer sur les positions profitables et chercher à transformer de petits gains en gros gains. Les règles pour atténuer les pertes sont assez simples à suivre. En revanche, les règles pour gérer les gains dépendent de la position. Je vous présente ci-après quelques scénarios où le cours de l’action évolue en faveur de l’investisseur. Dans chaque cas, nous examinerons ce que l’investisseur peut faire pour réduire le risque et miser sur un gain supplémentaire possible. À cette fin, nous verrons comment l’investisseur peut reporter une stratégie sur options profitable.

Les exemples suivants portent sur l’action de BMO qui, en date du 27 août 2020, vaut 83,78 $. L’investisseur achète 10 options d’achat (à parité) au prix de levée de 84 $ échéant en octobre pour une prime de 2,35 $ par action, soit un total de 2 350 $ (2,35 $ × 100 × 10 options). Il s’attend à ce que le cours de l’action monte à 90 $.

  • Scénario 1 : À trois semaines de l’échéance, l’action de BMO s’apprécie légèrement à 87 $. L’investisseur croit toujours que le cours devrait atteindre 90 $ à l’échéance.Dans ce cas, la stratégie de report consisterait à dénouer la moitié de la position, c’est-à-dire à vendre cinq options d’achat au prix de levée de 84 $ pour une prime de 5 $ par action (l’investisseur recevrait 2 500 $, soit 5 $ × 100 × 5 options). L’investisseur conserverait donc cinq options en cours jusqu’à l’échéance, tout en éliminant le risque correspondant au montant initial de 2 350 $. Si l’action continuait de s’apprécier, l’investisseur obtiendrait un profit minimal de 150 $ (2 500 $ – 2 350 $), lequel pourrait augmenter de manière illimitée. Pour mettre en oeuvre cette stratégie de report, il doit rester au moins deux ou trois semaines avant l’échéance.
  • Scénario 2 : À trois semaines de l’échéance, l’action de BMO s’apprécie légèrement à 87 $. L’investisseur croit qu’il faudra plus de temps que prévu avant que le cours atteigne la cible de 90 $.Dans ce cas, la stratégie de report consisterait à vendre les 10 options d’achat au prix de levée de 84 $ échéant en octobre pour une prime de 5 $ (l’investisseur recevrait 5 000 $), puis à acheter 8 options d’achat au prix de levée de 86 $ échéant en novembre pour une prime de 5 $ (l’investisseur paierait 4 000 $). Ainsi, l’investisseur pourrait ainsi financer un mois complet supplémentaire, tout en touchant un crédit de 1 000 $. Ainsi, le montant total en jeu de la position passerait de 2 350 $ à 1 350 $. En revanche, l’effet de levier global serait réduit, puisque l’investisseur n’achèterait que huit options échéant en novembre avec la prime obtenue à la vente des dix contrats échéant en octobre. Par contre, il pourrait attendre un mois de plus dans l’espoir que le cours de l’action de BMO atteigne 90 $.
  • Scénario 3 : L’action de BMO atteint 90 $ cinq semaines avant l’échéance.Dans ce cas, la stratégie de report consisterait à vendre les 10 options d’achat au prix de levée de 84 $ pour une prime de 8 $ (prime reçue de 8 000 $), puis à acheter 15 options d’achat au prix de levée de 90 $ pour une prime de 2,50 $ (prime versée de 3 750 $). L’investisseur se retrouverait avec un crédit net de 4 250 $ et passerait d’un risque total de 2 350 $ à un profit minimal de 1 900 $. Il maintiendrait une position acheteur à profit garanti. De plus, il augmenterait son effet de levier, puisqu’il détiendrait désormais 15 options d’achat au prix de levée de 90 $ échéant en octobre. Il pourrait donc miser sur la possibilité d’une appréciation accrue de l’action en vue d’augmenter davantage ses profits.

En tant que conseiller en stratégies boursières, je dois reconnaître que de tels scénarios ne se présentent pas tous les jours. Qu’à cela ne tienne : en mettant l’accent sur la gestion des positions gagnantes plutôt que sur celle des positions perdantes, on ouvre la porte à tout un monde de possibilités pour que les petits gains fassent boule de neige. On obtient ainsi un portefeuille caractérisé non pas par de petits gains et de grandes pertes, mais bien par de petites pertes, de petits gains et, à l’occasion, un coup de circuit.

Résumé

Rappelons qu’au bout du compte le but de l’investissement est de gagner de l’argent à long terme, et non pas de « gagner » à tous les coups. Lorsque le montant de quelques pertes est plus important que l’ensemble des gains réalisés, il nuit considérablement à la rentabilité à long terme du portefeuille et gruge le solde du compte de négociation. En raison des facteurs psychologiques qui sont en cause, limiter ses pertes en adoptant une démarche fondée sur des règles est plus facile à dire qu’à faire. Les investisseurs ont le réflexe d’encaisser de petits profits, tout en conservant leurs positions perdantes dans l’espoir de récupérer leurs pertes. S’ils se concentraient plutôt sur le report des positions rentables, ils ouvriraient la porte à d’éventuels coups de circuit et à de forts gains occasionnels plutôt qu’à de fortes baisses occasionnelles.

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