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Position synthétique sur actions

Richard Croft
23 février, 2017
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Position synthétique sur actions

 

Une position synthétique sur actions équivaut, comme son nom l’indique, à une position acheteur sur actions. Les profils de risque et de rendement sont similaires, mais cette stratégie présente des avantages structurels pour les investisseurs qui souhaitent l’adopter dans des comptes enregistrés.

 

Ce billet de blogue portera sur les actions des banques canadiennes. Car, qu’on le veuille ou non, les banques profitent actuellement d’une situation favorable. Il faut s’attendre en effet à des hausses de taux d’intérêt qui entraîneront une progression des marges. En outre, plus de prêts seront contractés si l’économie canadienne se renforce. Les banques canadiennes qui font affaire aux États-Unis devraient également tirer profit d’une éventuelle déréglementation du secteur. (Veuillez cependant noter que la stratégie présentée ci-dessous ne tient pas compte de cette dernière hypothèse.)

 

À la clôture de la séance la semaine dernière, les actions de Banque Royale (TMX : RY) étaient cotées à 94,60 $. Les cours vendeurs respectifs des options d’achat et de vente échéant en janvier et ayant un prix de levée de 94 $ étaient de 6,15 $ et de 7,15 $ (cours acheteurs : 5,00 $ et 5,70 $). De toute évidence, il s’agit d’écarts fort importants. Pour les fins du présent billet, supposons l’achat d’options d’achat à 5,50 $ et la vente d’options de vente à 6,40 $. Le crédit net s’établit à 1,10 $, soit considérablement moins que les 3,32 $ de dividendes que versera la Banque Royale d’ici à janvier 2018. À mon avis, il s’agit là du seuil minimum pour réaliser l’opération.

 

Pour mettre en œuvre la stratégie de position acheteur synthétique, il suffit à l’investisseur d’acheter les options d’achat et de vendre les options de vente échéant en janvier et ayant un prix de levée de 94 $. Le seuil de rentabilité pour la position synthétique sur actions est 92,10 $ (c.-à-d. la différence entre le prix d’exercice de 94 $ et le crédit net de 1,10 $). Ainsi, pour que la stratégie dégage un profit, le cours du titre doit être supérieur à 92,10 $ à l’échéance de janvier. Dans le cas d’un acheteur au cours de clôture de 94,60 $, les profils de profit et de perte se valent. Cependant, il ne faut pas oublier de tenir compte du dividende de 3,32 $, selon lequel le coût d’une position acheteur sur le titre s’établirait à 91,28 $.

 

La position synthétique tient vraisemblablement compte des dividendes dans le modèle d’évaluation des options. C’est pourquoi les prix des options annoncés précédemment devraient apparaître comme une solution de rechange acceptable à la position acheteur sur actions.

 

Pourquoi, dès lors, effectuer deux opérations alors qu’un simple ordre d’achat d’actions peut produire le même résultat? Pour un certain nombre de raisons, en fait. La position acheteur synthétique sur actions crée un crédit sur le compte des investisseurs. Ainsi, au lieu de déployer du capital pour acheter des actions, la position synthétique sur actions crée une obligation d’achat d’actions au prix de levée de 94 $ jusqu’en janvier 2018 (en particulier la position vendeur sur option de vente).

 

Il faut également prendre en compte d’autres facteurs tels que l’incidence fiscale. L’option positionne le rendement des gains (ou des pertes) en capital en opposition aux pertes (ou aux gains) majorées des dividendes pour la position acheteur sur actions. Pour les dividendes, les gains en capital bénéficient d’un traitement fiscal avantageux.

 

Pour continuer sur le même sujet, les investisseurs pourraient mettre en œuvre des stratégies fiscales intéressantes lors de l’exécution des positions synthétiques. Il est par exemple interdit de vendre des options de vente ou des options d’achat non couvertes dans le cadre de régimes enregistrés. Cependant, il est possible d’acheter des options d’achat dans des REER, des FERR et des CELI. En tenant compte de cela, si un investisseur achète des options d’achat dans un compte enregistré et vend des options de vente dans un compte non enregistré, seuls les gains issus de la liquidation de ces dernières seraient assujettis à des retenues fiscales.

 

Maintenant que la démonstration est faite, revenons à nos moutons : quels sont les avantages à investir dans les banques canadiennes? Cette question prend tout son sens depuis l’élection de M. Trump aux États-Unis.

 

Afin de rendre « à l’Amérique sa grandeur », le programme de M. Trump se présente comme propice aux affaires. La plupart des secteurs de l’économie devraient en tirer profit, notamment le secteur financier qui bénéficie du contexte le plus favorable des cinquante dernières années. Dans cette configuration, il semble que le Canada ait plus à gagner qu’à perdre de la croissance de l’économie américaine, et ce quelles que soient les modifications apportées au traité de l’ALÉNA. Au vu de la situation des marchés des devises, ce scénario semble d’ailleurs prévaloir sur les autres. Depuis l’élection américaine, le dollar canadien a été l’une des rares devises à faire preuve de stabilité par rapport au dollar américain.

 

Ces dernières années, l’environnement réglementaire a beaucoup pesé sur les banques américaines. Ce fut moins le cas pour le Canada et ses banques qui ont su mieux traverser la crise financière que la plupart des autres zones géographiques. Un assouplissement de la réglementation qui s’applique aux banques américaines devrait à terme favoriser l’économie américaine et, par ricochet, les banques qui font affaire au sud de la frontière. La Banque Toronto-Dominion, la Banque Royale du Canada et la Banque de Montréal s’inscrivent toutes dans ce profil.

 

Si le niveau d’endettement élevé des Canadiens peut être une autre source de préoccupations et pourrait ne pas être sans conséquence pour les banques canadiennes, un éventuel renforcement de l’économie devrait dissiper les inquiétudes. Si le marché immobilier demeure stable, les Canadiens tireront profit d’une hausse de la valeur des maisons.

 

Bien qu’il n’y ait aucune certitude, les taux d’intérêt canadiens et américains devraient augmenter en même temps. Le rapport entre la hausse des taux et la courbe de rendement apparaît cependant comme plus important à surveiller. Une hausse des taux à court terme conjuguée à une stabilisation des taux à long terme se traduiraient par une atténuation de la courbe de rendement. Cette situation ne serait pas à l’avantage des banques qui le plus souvent empruntent à court terme et prêtent à long terme. Jusqu’à présent, le problème ne s’est pas présenté, mais il faut néanmoins le garder à l’esprit.

 

Une courbe de rendement normale dans un contexte de hausse des taux d’intérêt est une bonne chose pour les marges de l’ensemble des banques canadiennes, qu’elles aient ou non une présence importante aux États-Unis. C’est pourquoi une hausse des taux d’intérêt, des marges et des emprunts ainsi qu’une éventuelle déréglementation devraient donner une impulsion significative aux résultats financiers.

 

 

Richard Croft
Richard Croft http://www.croftgroup.com/

Président et gestionnaire de portefeuille

Croft Financial Group

Richard Croft est actif dans le secteur des valeurs mobilières depuis 1975. Depuis février 1993, M. Croft est conseiller en placement et gestionnaire de portefeuille agréé et exerce ses activités sous le parapluie de la société R. N. Croft Financial Group Inc. Richard Croft a beaucoup écrit sur l’utilisation des actions individuelles, des fonds communs de placement et des fonds négociés en bourse à l’intérieur d’un portefeuille modèle. Il est notamment l’auteur de neuf livres et de milliers d’articles et commentaires publiés dans les grands médias canadiens. En 1998, il a développé en collaboration avec d’autres trois « indices FPX » (indices du Financial Post) destinés à l’investisseur canadien moyen. En 2004, il a élargi le concept et développé trois indices de portefeuille « RealWorld », qui sont des indicateurs du rendement des indices FPX après correction en fonction des coûts réels. Il a aussi développé deux indices d’options pour la Bourse de Montréal et la méthodologie « FundLine », une interprétation graphique de la diversification des portefeuilles. Richard Croft a aussi développé un indice de la valeur ajoutée par le gestionnaire qui permet de noter le rendement des différents gestionnaires de fonds en fonction du risque par rapport à un indice de référence. En 1999, il a codéveloppé un système de gestion de portefeuille pour la société Charles Schwab Canada. À titre de gestionnaire de portefeuille de calibre mondial qui met l’accent sur le rendement ajusté en fonction du risque, Richard Croft estime que le rendement ne veut rien dire si on ne sait pas comment il a été obtenu.

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