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Faire la distinction entre un écart créditeur et un écart débiteur

Alan Grigoletto
16 mars, 2018
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Faire la distinction entre un écart créditeur et un écart débiteur

Dans un billet antérieur, Adapter les stratégies d’options aux prévisions à l’aide de l’écart haussier sur option d’achat ou de l’écart baissier sur option de vente, nous avons exposé la façon de mettre en œuvre une stratégie d’écart débiteur sur options d’achat et sur options de vente. Cette semaine, nous examinerons l’utilisation d’une autre forme d’écart vertical : l’écart créditeur.

Rappelons que les écarts débiteurs présentent un risque limité et offrent un gain potentiel maximal connu, l’intégralité du risque correspondant à la prime payée (le débit) à l’égard de l’écart.  Les écarts créditeurs offrent également un gain potentiel maximal connu, à savoir la prime reçue (le crédit) pour la vente de l’écart. Quant à la perte maximale, elle correspond à la différence entre les deux prix d’exercice, moins le montant net des primes (le crédit).

Un investisseur ayant une perspective haussière pourrait mettre en œuvre soit un écart débiteur sur options d’achat, soit un écart créditeur sur options de vente. L’écart créditeur sur options de vente consiste à vendre et à acheter simultané deux options de vente portant sur un même sous-jacent et une même échéance, le prix d’exercice de l’option vendue étant supérieur à celui de l’option achetée. Un crédit est généré lorsque la prime reçue de la vente de l’option de vente ayant un prix d’exercice plus élevé est supérieure à la prime versée pour l’achat de l’option de vente ayant un prix d’exercice moins élevé. L’écart créditeur sur options de vente est également appelé écart haussier sur options de vente, car il s’agit d’une stratégie neutre ou légèrement haussière et d’une solution de rechange à la vente d’une option de vente à risque élevé.

L’investisseur ayant une perspective baissière pourrait mettre en œuvre un écart débiteur sur options de vente ou un écart créditeur sur options d’achat. L’écart créditeur sur options d’achat consiste à vendre une option d’achat dont le prix d’exercice est presque en jeu tout en achetant une option d’achat dont le prix d’exercice est plus élevé que celui de l’option vendue. L’écart créditeur sur options d’achat est également appelé écart baissier sur options d’achat; il convient à des prévisions neutres ou légèrement baissières.

Tout comme nous l’avons vu pour les écarts débiteurs, les écarts créditeurs offrent à la fois certains avantages et désavantages. Fait intéressant à noter, les profils de profit et de perte sont exactement les mêmes après rajustement pour tenir compte du coût net de chaque stratégie d’écart. Les écarts créditeurs sur options d’achat et les écarts créditeurs sur options de vente diffèrent principalement en ce qui a trait aux flux de trésorerie dans le compte de négociation de l’investisseur et à la probabilité d’une assignation anticipée.

 

Examinons l’exemple suivant d’écart créditeur (haussier) sur options de vente :

L’investisseur A est d’avis que le cours de l’action de Suncor Energy (SU), qui se négocie à 41,74 $ CA en date du 12 mars 2018, fluctuera peu ou s’appréciera au cours des prochains mois. L’investisseur choisit de mettre en œuvre un écart créditeur sur options de vente. Il vend donc une option de vente ayant un prix d’exercice de 44 $ et échéant le 20 avril pour 2,47 $ CA, et il achète en parallèle une option de vente ayant un prix d’exercice de 38 $ pour 0,21 $ CA, de sorte que le crédit net de l’écart se chiffre à 2,26 $ CA. L’investisseur réalisera un gain si le cours de SU s’élève ou demeure au-dessus du seuil de rentabilité de 41,74 $ CA (prix d’exercice de 44 $ – 2,26 $ = 41,74 $ CA) à la date d’échéance. L’érosion de la valeur temps avantage l’écart créditeur par rapport à l’écart débiteur. Toutefois, dans le cas de l’écart créditeur, il y a risque d’une assignation sur l’option de vente vendue. Selon ses prévisions, l’investisseur devrait être disposé à acheter les actions à un cours inférieur au prix d’exercice de 44 $ dans le cas d’une assignation avant la date d’échéance ou à cette date, si le cours de l’action est inférieur à 44 $. En cas d’assignation anticipée, l’option de vente achetée (achat de 100 actions) protège l’investisseur contre un recul plus marqué des actions sous-jacentes assignées. La fourchette des prix d’exercice choisie doit être fonction de la tolérance au risque de l’investisseur. L’achat d’une option de vente ayant un prix d’exercice élevé atténuera à la fois le risque lié à la baisse du cours et le potentiel de gain de l’écart.

Vente de une (1) option de vente SU ayant un prix d’exercice de 44 $ et échéant le 20 avril, et achat de une (1) option de vente SU ayant un prix d’exercice de 38 $ et la même échéance

Cours de l’action le 12 mars 2018 : 41,74 $ CA

À noter que le seuil de rentabilité de cette stratégie d’écart créditeur sur options de vente se situe à 41,74 $ CA. Il s’agit d’une stratégie haussière comportant un risque de perte limité de 374 $ et un rendement potentiel limité de 226 $.

La stratégie sera profitable si le cours de l’action dépasse 41,74 $ au plus tard le 20 avril 2018.

L’investisseur B voit les choses différemment et estime que le cours de SU, qui se situe actuellement à 41,74 $ CA, fera du sur place ou fléchira au cours de la même période. Plutôt que de mettre en œuvre une stratégie d’écart débiteur sur options de vente, l’investisseur vend une option d’achat ayant un prix d’exercice de 40 $ et échéant le 20 avril, soit le 20 septembre, pour 2,25 $ CA, et achète en parallèle une option d’achat ayant un prix d’exercice de 44 $ pour 0,25 $ CA, pour un crédit net de 2,00 $ CA.

Vente de une (1) option d’achat SU ayant un prix d’exercice de 40 $ et échéant en avril, et achat de une (1) option d’achat SU ayant un prix d’exercice de 44 $ et la même échéance

Il s’agit d’une stratégie baissière comportant un risque de perte limité de 200 $ et un rendement potentiel limité de 200 $.

La stratégie sera profitable si le cours de l’action tombe sous 42,00 $ CA au plus tard le 20 avril 2018.

L’érosion de la valeur temps avantage l’écart créditeur sur options d’achat par rapport à l’écart débiteur sur ces mêmes options. Toutefois, dans le cas de l’écart créditeur, il y a risque d’une assignation sur l’option d’achat vendue. L’investisseur devrait être disposé à vendre à découvert les actions sous-jacentes au-dessus du prix d’exercice de 40 $ dans le cas d’une assignation avant la date d’échéance ou à cette date, si le cours de l’action est supérieur à 40 $.

L’option d’achat à 44 $ achetée protège l’investisseur en cas d’assignation (vente de 100 actions) avant la date d’échéance, mais aussi en cas d’appréciation plus importante des actions sous-jacentes. Tout comme pour l’écart créditeur sur options de vente, le choix du prix d’exercice doit être fonction de la tolérance au risque de l’investisseur. L’achat d’une option d’achat ayant un prix d’exercice bas atténuera à la fois le risque lié à la hausse du cours et le potentiel de gain de l’écart.

 

Alors, quelle stratégie convient-il de choisir entre l’écart débiteur et l’écart créditeur? Comme vous vous en doutez, cela dépend de la mesure dans laquelle un investisseur est à l’aise de payer une prime (dans le cas d’un écart débiteur) ou de recevoir une prime (dans le cas d’un écart créditeur). Si l’investisseur comprend bien la nature des risques et des avantages de chacun des écarts, la volatilité implicite peut alors constituer le facteur déterminant dans le choix d’un type d’écart. Lorsque la volatilité implicite est faible, un écart débiteur bénéficiera de toute augmentation potentielle de la volatilité et, à l’inverse, un écart créditeur bénéficiera de toute diminution de la volatilité implicite.

Il faut se rappeler que l’écart débiteur doit lutter contre l’érosion de la valeur temps et qu’il a normalement besoin de la fluctuation du sous-jacent pour générer un gain. Toutefois, comme l’option vendue est couverte par l’option achetée, le risque lié à l’assignation est éliminé. L’écart créditeur présente quant à lui un risque d’assignation anticipée, mais possède un avantage sur le plan de l’érosion de la valeur temps, de sorte qu’il permet de réaliser un profit si le cours de l’action stagne, ou s’il prend la direction souhaitée dans le cadre de la stratégie.

Comme une assignation peut survenir en tout temps avant l’échéance dans le cas des options de type américain, il importe pour les investisseurs de disposer d’une porte de sortie s’ils ne souhaitent pas se trouver en position acheteur ou en position vendeur sur les actions. Le moyen le plus efficace consiste à dénouer la position afin d’éviter l’assignation ou de reporter sa position à une échéance ultérieure.

 

Il est essentiel de noter que la stratégie décrite ici requiert une gestion active, de sorte qu’elle ne convient qu’aux investisseurs ayant une grande expérience de négociation d’options.

 

Alan Grigoletto
Alan Grigoletto

CEO

Grigoletto Financial Consulting

Alan Grigoletto est le chef de la direction de la société Grigoletto Financial Consulting. Il est expert du développement des affaires auprès de particuliers et de groupes financiers d’élite. Il est l’auteur de plusieurs articles sur des questions financières d’intérêt pour les bourses canadiennes, les courtiers en placement et les communautés de conseillers en plus d’avoir écrit et publié du matériel éducatif destiné à des auditoires américains, italiens et canadiens. Il a déjà été vice-président de la société Options Clearing Corporation et responsable de la formation de The Options Industry Council (OIC). Avant son passage à l’OIC, M. Grigoletto a été vice-président principal du développement des affaires et du marketing à la Boston Options Exchange (BOX). Auparavant, il avait été associé fondateur de la société de conseils en placement de Chicago, Analytic Capital Management. Il compte plus de 35 années d’expérience dans les opérations boursières et les placements en tant que teneur de marché d’options, spécialiste des marchés boursiers, négociateur institutionnel, gestionnaire de portefeuille et éducateur. M. Grigoletto a précédemment été gestionnaire de portefeuille pour les portefeuilles S&P 500 et MidCap 400 de Hull Transaction Services, un fonds d’arbitrage neutre. Il possède un savoir-faire considérable dans la gestion du risque de portefeuille ainsi que de fortes capacités analytiques pour tout ce qui touche les actions et les instruments dérivés des actions (produits dérivés). M. Grigoletto est titulaire d’un diplôme en finances de l’Université de Miami et a été président du Conseil du STA Derivatives Committee. Par ailleurs, il est membre du comité directeur de la Futures Industry Association et il est régulièrement invité à titre de conférencier dans des universités, ainsi que par la Securities Exchange Commission, la CFTC, la US House Financial Services Committee et l’IRS.

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Un commentaire

  1. Avatar olivier

    Article très intéressant, permettant de comprendre les avantages et inconvénients de 2 stratégies ayant un même profil de risque, qui semblent de prime abord équivalentes alors que leurs différences sont plus importantes que leurs simulitudes dans le choix final.

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