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La vente d’options d’achat couvertes : les points à prendre en considération

Martin Noël
15 octobre, 2020
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La vente d’options d’achat couvertes : les points à prendre en considération

Avant de mettre en œuvre la stratégie de vente d’options d’achat couvertes, un investisseur doit tenir compte de plusieurs facteurs afin de prendre une décision éclairée. Dans le cadre du présent article, le dernier d’une série de quatre sur la vente d’options d’achat couvertes, nous montrerons que le choix du prix de levée d’une option d’achat représente un compromis entre le niveau de protection désiré et le niveau de gain potentiel. Nous ferons ensuite état de la différence de rendement et de protection découlant du choix de l’échéance. Enfin, nous aborderons l’incidence possible du dividende, à savoir la levée prématurée des options d’achat.

 

Le choix du prix de levée

Tableau 1 : Niveau de protection et niveau de gain potentiel en date du 9 juillet 2020 (XIU à 23,65 $, options d’achat échéant le 18 septembre 2020)
Prix de levée Prime Niveau de protection

(point d’équilibre)

Gain potentiel

(profit maximal par action)

26 $ 0,09 $ 23,56 $ 2,44 $
25 $ 0,24 $ 23,41 $ 1,59 $
24 $ 0,65 $ 23,00 $ 1,00 $
23 $ 1,26 $ 22,39 $ 0,61 $
22 $ 2,06 $ 21,59 $ 0,41 $

Source : Bourse de Montréal

 

Le tableau précédent compare le niveau de protection et le gain potentiel de certaines options d’achat XIU[1] échéant le 18 septembre 2020 selon leur prix de levée (de 22 $ à 26 $) en date du 9 juillet 2020, alors que les parts du fonds négocié en bourse (FNB) XIU se négociaient à 23,65 $. Comme nous pouvons le constater, plus le prix de levée est élevé, plus la prime et le niveau de protection sont faibles. Cependant, nous pouvons observer que le gain potentiel est plus élevé pour les prix de levée élevés (options d’achat hors jeu). Les options au prix de levée de 26 $ comportent un point d’équilibre de 23,56 $ (cours actuel de XIU de 23,65 $ – prime de 0,09 $) et elles présentent un gain potentiel maximal de 2,44 $ en cas de hausse (prix de levée de 26,00 $ + prime de 0,09 $ – cours actuel de XIU de 23,65 $). Les options au prix de levée de 24 $ (options d’achat presque à parité) comportent un point d’équilibre de 23,00 $ (cours actuel de XIU de 23,65 $ – prime de 0,65 $) et elles présentent un gain potentiel maximal de 1,00 $ en cas de hausse (prix de levée de 24,00 $ + prime de 0,65 $ – cours actuel de XIU de 23,65 $). Finalement, les options au prix de levée de 22 $ (options d’achat en jeu) comportent un point d’équilibre de 21,59 $ (cours actuel de XIU de 23,65 $ – prime de 2,06 $) et elles présentent un gain potentiel maximal de 0,41 $ en cas de hausse (prix de levée de 22,00 $ + prime de 2,06 $ – cours actuel de XIU de 23,65 $). La même démarche s’applique pour tous les autres prix de levée du tableau. À la lumière de cet exercice, nous ne pouvons que conclure que le choix d’un prix de levée est forcément un compromis entre le niveau de protection désiré et le gain potentiel maximal résultant d’une hausse du cours.

 

Le choix de la date d’échéance

Tableau 2 : Niveau de protection et niveau de gain potentiel en date du 9 juillet 2020 (XIU à 23,65 $, options d’achat au prix de levée de 24 $)
Date d’échéance Nombre de jours jusqu’à l’échéance Prime Prime quotidienne

(thêta quotidien)

Niveau de protection

(point d’équilibre)

Gain potentiel

(profit maximal par action)

XIU ≥ 24 $

Rendement maximal

(annualisé)

Rendement statique annuel
17/07/2020 8 0,10 $ 0,0125 $ 23,55 $ 0,45 $ 1,91 %

(87 %)

19 %
21/08/2020 12 0,50 $ 0,0116 $ 23,15 $ 0,85 $ 3,67 %

(31 %)

18 %
18/09/2020 71 0,65 $ 0,0092 $ 23,00 $ 1,00 $ 4,35 %

(22 %)

15 %
19/03/2021 253 1,40 $ 0,0055 $ 22,25 $ 1,75 $ 7,87 %

(11 %)

9 %
18/03/2022 617 2,10 $ 0,0034 $ 21,55 $ 2,45 $ 11,37 %

(7 %)

6 %

Source : Bourse de Montréal

 

Le tableau précédent compare le niveau de protection et le gain potentiel de certaines options d’achat XIU au prix de levée de 24 $ selon leur date d’échéance (du 17 juillet 2020 au 18 mars 2022) en date du 9 juillet 2020, alors que les parts du FNB XIU se négociaient à 23,65 $. Comme nous pouvons le constater, plus la date d’échéance est éloignée, plus la prime des options d’achat et le niveau de protection sont élevés. La principale différence que l’on peut observer entre des options ayant le même prix de levée, mais des dates d’échéance différentes réside dans ce que l’on appelle l’érosion quotidienne moyenne de la valeur temps de la prime de l’option. Dans le cas des options du tableau précédent, la prime est entièrement composée de valeur temps, puisque le prix de levée est supérieur au cours du titre sous-jacent. Ce sont donc des options dites « hors jeu ». Si nous étions à la date d’échéance, leur détenteur n’aurait aucun intérêt à les lever; elles n’auraient plus de valeur. Par conséquent, en divisant la prime des options (uniquement composée d’une valeur temps) par le nombre de jours restant jusqu’à leur échéance, nous obtenons en quelque sorte ce que l’on appelle le thêta[2] quotidien. Comme nous le montre clairement le tableau précédent, plus le nombre de jours avant l’échéance augmente, plus le thêta quotidien diminue. Par exemple, les options échéant le 17 juillet 2020 ont une érosion quotidienne moyenne de 0,0125 $, alors que pour celles échéant le 18 mars 2022 on obtient 0,0034 $. Par conséquent, cela se reflète également sur le rendement maximal annualisé qui est de 87 % pour l’échéance du 17 juillet 2020 et de 7 % pour l’échéance du 18 mars 2022. À titre d’exemple, cela veut dire que si nous pouvions vendre des options d’une échéance de 8 jours tous les 8 jours pendant une année et que nous réussissions à obtenir le profit maximal chaque fois, nous réaliserions alors un rendement de 87 % à la fin de l’année.

En plus du rendement maximal potentiel, nous avons calculé le rendement annuel statique, c’est-à-dire le rendement que l’on pourrait obtenir si le titre faisait du surplace jusqu’à l’échéance et que nous étions en mesure de répéter les opérations durant toute une année. Dans un tel cas, le rendement que l’on obtiendrait correspondrait alors à la prime encaissée. Encore une fois, nous constatons que plus le nombre de jours augmente, moins le rendement statique est élevé.

Par conséquent, il apparaît évident que le choix de l’échéance, tout comme celui du prix de levée, est un compromis entre le niveau de protection désiré et le rendement maximal ou statique.

 

L’incidence possible du dividende : la levée prématurée des options d’achat

Le dernier élément dont il faut avoir connaissance avant de mettre en œuvre la stratégie de vente d’options d’achat couvertes concerne les dividendes que peuvent verser certaines sociétés. Pour pouvoir encaisser les dividendes, il faut impérativement posséder les titres. Or, pour mettre en œuvre la stratégie, on doit posséder les titres sous-jacents et vendre des options d’achat, ce qui nous oblige à vendre les titres sous-jacents si le détenteur des options lève celles-ci. Lorsqu’un titre verse un dividende, on pourrait croire qu’on l’encaissera automatiquement, puisque l’on détient le titre, mais cela n’est pas une certitude, loin de là. En effet, si le cours du titre est supérieur au prix de levée des options d’achat la veille de la date de détachement du dividende[3], il pourrait être dans l’intérêt du détenteur des options de les lever pour acquérir les titres et recevoir les dividendes. Dans un tel cas, nous perdrions alors nos titres et, par le fait même, nous ne recevrions pas les dividendes versés. Par conséquent, lorsque l’on met en œuvre la stratégie sur un titre versant des dividendes, il faut être conscient que nous pourrions perdre nos actions ou nos parts la veille de la date de détachement du dividende. Pour éviter cette situation, il faudra alors fermer la position sur les options d’achat en rachetant celles-ci.

 

Conclusion

Il y a plusieurs points à prendre en considération avant de mettre en œuvre la stratégie de vente d’options d’achat couvertes. Le premier est le choix du prix de levée et le deuxième est le choix de l’échéance. Les deux sont un compromis entre le niveau de protection et le rendement maximal désirés. Plus la protection sera élevée, moins le rendement potentiel sera grand. Et à l’inverse, plus on cherchera un rendement élevé, moins la protection sera grande. Il n’y a rien de gratuit en finance. Finalement, si le titre sur lequel on exécute la stratégie verse un dividende, il faut que l’on soit conscient de la possibilité de perdre nos actions ou nos parts la veille de la date de détachement du dividende.

Voilà qui termine la série sur la vente d’options d’achat couvertes. Nous vous invitons à visiter le site de la Bourse de Montréal pour prendre connaissance du matériel éducatif sur le sujet et des dates des prochains webinaires qui porteront sur ce sujet ou sur d’autres.

Avant de commencer à utiliser les stratégies mentionnées dans le présent article, nous vous suggérons de les mettre à l’essai dans le simulateur de négociation de la Bourse de Montréal.

Bonne négociation et bonne semaine!

 

Les stratégies décrites dans le présent blogue ne sont présentées qu’à des fins d’information et de formation. Elles ne doivent pas être interprétées comme étant des recommandations d’acheter ou de vendre quelque valeur mobilière que ce soit. Comme toujours, avant de mettre en œuvre des stratégies sur options, assurez-vous d’être à l’aise avec les scénarios proposés et d’être prêt à en assumer tous les risques.

[1] Le FNB iShares S&P/TSX 60 Index ETF.

[2] Le thêta est l’un des coefficients grecs qui sont utilisés pour mesurer la sensibilité du prix de l’option aux fluctuations des différents facteurs pouvant influer sur la valeur des options. Dans ce cas-ci, le thêta quotidien mesure la variation du prix de l’option à la suite d’une variation d’une journée. En réalité, et ce pour les fins du présent article, ce que nous avons calculé n’est pas le véritable thêta quotidien, mais l’érosion quotidienne moyenne.

[3] La veille de la date de détachement du dividende est la dernière date où quelqu’un peut acheter les actions pour recevoir les dividendes versés. Un achat à la date de détachement du dividende signifie que l’acheteur ne recevra pas les dividendes versés.

Martin Noël
Martin Noël http://lesoptions.com/

Président

Corporation Financière Monetis

Martin Noël a obtenu un MBA en services financiers de l'UQÀM en 2003. La même année, il a reçu le Brevet de l'Institut des banquiers canadiens et la Médaille d'argent pour ses efforts remarquables dans le cadre du Programme de formation bancaire professionnelle. Monsieur Noël a commencé sa carrière dans le domaine des instruments dérivés en 1983 à titre de mainteneur de marché sur options, sur le parquet de la Bourse de Montréal, pour le compte de diverses firmes de courtage. Il a également occupé le poste de spécialiste sur options et, par la suite, de négociateur indépendant. En 1996, monsieur Noël est entré au service de la Bourse de Montréal à titre de responsable du marché des options où il a contribué au développement du marché canadien des options. En 2001, il a participé à la création de l'Institut des dérivés de la Bourse de Montréal où il a œuvré à titre de conseiller pédagogique. Depuis 2005, Martin est chargé de cours à l'UQÀM où il enseigne un cours sur les instruments dérivés au deuxième cycle. Depuis mai 2009, il est président à temps plein de la CORPORATION FINANCIÈRE MONÉTIS, une société active dans la négociation professionnelle et en communication financière. Martin agit comme collaborateur régulier en matière d’options pour la Bourse de Montréal.

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