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La volatilité en ces temps incertains : Comment en tirer avantage

Martin Noël
26 mars, 2020
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La volatilité en ces temps incertains : Comment en tirer avantage

Dans notre dernier article, nous avons examiné comment réduire le risque lié à l’érosion de la valeur temps des options dans une position directionnelle. Dans le présent article, nous profiterons de la débâcle des marchés pour expliquer comment la volatilité implicite liée au prix d’une option reflète le niveau d’incertitude des marchés quant à l’évolution future du cours de la valeur sous-jacente et comment il est possible d’en tirer avantage.

La volatilité

Qu’est-ce que la volatilité? La volatilité d’un titre, dans son sens général, mesure la propension du cours de l’action à monter ou à baisser. Plus la fluctuation d’un titre est importante, plus la volatilité est élevée. La volatilité est donc une mesure du risque lié à l’évolution des rendements d’un titre en particulier ou du marché en général. Ainsi, plus un titre est volatil, plus il est risqué. Il existe deux types de volatilité : la volatilité historique et la volatilité implicite. La volatilité historique est mesurée à partir des prix historiques, alors que la volatilité implicite est calculée à partir du prix de l’option. Par conséquent, la volatilité historique est le reflet du risque antérieur et n’est pas garante de ce qu’elle pourrait être dans le futur. Or, comme la volatilité est une variable comprise dans les modèles d’évaluation des options, il est possible à partir du prix d’une option donnée de déduire la mesure de volatilité qu’il est nécessaire de saisir dans le modèle pour obtenir le prix en question. Cette volatilité implicite est donc le reflet des prévisions du marché quant aux fluctuations futures des rendements du cours des actions sous-jacentes. Plus la volatilité implicite est élevée, plus le marché prévoit de fortes fluctuations dans les rendements futurs de l’action sous-jacente, et vice-versa.

 

La volatilité avant et après la débâcle

Tableau 1 : Données sur les options de vente au prix de levée de 64,50 $ échéant le 13 mars 2020, en date du 14 février 2020, et au prix de levée de 52,00 $ échéant le 17 avril 2020, en date du 18 mars 2020

Source : Bourse de Montréal et Martin Noël

 

Dans le tableau 1 précédent, nous pouvons observer que la hausse de volatilité entre les options presque à parité échéant respectivement le 13 mars 2020 le 17 avril 2020, qui passe de 18,2 % à 59,6 %, a entraîné une hausse proportionnelle de la prime, qui est passée de 1,30 $ à 3,75 $. Il en coûte donc maintenant plus cher pour se protéger qu’avant la débâcle. C’est un peu normal, c’est le principe même de l’assurance. Les primes d’assurance ont toujours tendance à augmenter après des cataclysmes importants. Ainsi, si vous voulez vous protéger, vous devez trouver un moyen de réduire le coût de la protection. Par exemple, si vous croyez que le marché va continuer à baisser et que vous voulez vous protéger, vous pouvez le faire en établissant un écart baissier à l’aide d’options de vente, comme nous l’avons vu dans l’article précédent. Dans cette stratégie, la vente des options de vente permet de réduire l’incidence négative de l’érosion de la valeur temps des options de vente achetées. Cependant, si vous croyez que le cours des actions de BCE Inc. (BCE), après avoir baissé près de 25 %, représente une occasion d’achat à court et moyen terme, alors il est possible de profiter de la hausse de la volatilité implicite, et par ricochet, de la hausse des primes des options, en agissant comme un assureur, si le cœur vous en dit, en vendant plutôt des options de vente. N’oubliez pas que la vente d’options de vente oblige le vendeur à acheter les actions sous-jacentes au prix de levée si le détenteur lève l’option.

 

Graphique 1 : Profil de rendement de la vente des options de vente au prix de levée de 52,00 $ à l’échéance du 17 avril 2020

Source : Martin Noël

 

En effet, comme l’illustre le graphique 1 précédent, la vente d’une option de vente d’actions de BCE au prix de levée de 52,00 $ venant à échéance le 17 avril 2020 (BCE200417P52.00) à 3,75 $ pourrait permettre à un investisseur d’acheter les actions au point d’équilibre de 48,25 $ (prix de levée de 52 $, moins la prime reçue de 3,75 $). Cela représente une protection supplémentaire de 6,82 % par rapport au cours actuel de 51,54 $, si les actions de BCE clôturent à un cours inférieur à 52 $ à l’échéance du 17 avril 2020. En cas de clôture à un cours supérieur à 52 $, l’investisseur pourrait réaliser un profit de 3,75 $, c’est-à-dire de 375 $ par contrat, pour un rendement du capital à risque de 7,77 % (la prime reçue de 3,75 $, divisée par le point d’équilibre de 48,25 $).

 

En conclusion, dans un contexte de forte volatilité comme nous le vivons actuellement, nous assistons à une augmentation considérable de la prime des options, laquelle entraîne un coût supplémentaire pour se protéger contre des baisses supplémentaires à court et moyen terme. Ce qui est un inconvénient pour l’acheteur d’assurance peut cependant représenter une occasion pour quiconque est prêt à prendre un risque calculé. En effet, la vente d’options de vente peut permettre à un investisseur, dans un tel contexte, et ce, après une correction de près de 25 %, de s’engager à acheter des actions avec une marge supplémentaire de protection de 6,82 % dans l’exemple que nous avons utilisé. Au bout du compte, si l’investisseur se retrouve dans l’obligation d’acheter les actions, il les achètera à un prix représentant une correction de près de 32 %. Par conséquent, en effectuant une telle opération, l’investisseur doit être conscient qu’il risque de se retrouver avec une position acheteur sur des actions dans un contexte de marché baissier qui pourrait se prolonger davantage. C’est donc en toute connaissance de cause qu’il doit prendre une telle position.

 

Bonne négociation et bonne semaine!

 

Les stratégies décrites dans le présent blogue ne sont présentées qu’à des fins d’information et de formation. Elles ne doivent pas être interprétées comme étant des recommandations d’acheter ou de vendre quelque valeur mobilière que ce soit. Comme toujours, avant de mettre en œuvre des stratégies sur options, assurez-vous d’être à l’aise avec les scénarios proposés et d’être prêt à en assumer tous les risques.

Martin Noël
Martin Noël http://lesoptions.com/

Président

Corporation Financière Monetis

Martin Noël a obtenu un MBA en services financiers de l'UQÀM en 2003. La même année, il a reçu le Brevet de l'Institut des banquiers canadiens et la Médaille d'argent pour ses efforts remarquables dans le cadre du Programme de formation bancaire professionnelle. Monsieur Noël a commencé sa carrière dans le domaine des instruments dérivés en 1983 à titre de mainteneur de marché sur options, sur le parquet de la Bourse de Montréal, pour le compte de diverses firmes de courtage. Il a également occupé le poste de spécialiste sur options et, par la suite, de négociateur indépendant. En 1996, monsieur Noël est entré au service de la Bourse de Montréal à titre de responsable du marché des options où il a contribué au développement du marché canadien des options. En 2001, il a participé à la création de l'Institut des dérivés de la Bourse de Montréal où il a œuvré à titre de conseiller pédagogique. Depuis 2005, Martin est chargé de cours à l'UQÀM où il enseigne un cours sur les instruments dérivés au deuxième cycle. Depuis mai 2009, il est président à temps plein de la CORPORATION FINANCIÈRE MONÉTIS, une société active dans la négociation professionnelle et en communication financière. Martin agit comme collaborateur régulier en matière d’options pour la Bourse de Montréal.

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