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Le cours acheteur-vendeur affiché est négociable

Steve Sosnick
30 juin, 2023
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Le cours acheteur-vendeur affiché est négociable

J’ai récemment eu la chance de participer à la Conférence canadienne annuelle des dérivés, à Montréal.  J’assiste à cet événement depuis 20 ans, et pour la première fois je m’y rendais comme ancien mainteneur de marché d’options, et non pas comme pas mainteneur de marché actif.  Comme toujours, j’ai pu en apprendre davantage au sujet d’aspects moins connus du marché (et j’ai bien sûr profité du cocktail), mais les commentaires d’une conférencière m’ont particulièrement déplu.  Elle se vantait en effet du statut particulier dont elle bénéficierait, grâce à des options « négociées strictement entre courtiers » qui lui permettraient d’obtenir une amélioration cachée du cours.  Or, n’importe quel négociateur d’options, petit ou grand, peut souvent obtenir une amélioration du cours grâce au simple bon sens.

Pour cela, il faut garder à l’esprit le concept de « juste valeur ».  Quand un mainteneur de marché affiche un marché à deux côtés, vous pouvez légitimement supposer qu’il situe la juste valeur au point médian situé entre les deux cours.  C’est précisément son métier d’acheter en dessous de la juste valeur et de revendre au-dessus de celle-ci.  Les mainteneurs de marché affichent le cours idéal auquel ils souhaitent négocier un contrat à un moment donné, mais acceptent souvent de réaliser un profit plus faible au-dessus ou en dessous de leur juste valeur.  Il s’agit ni plus ni moins que d’une amélioration de cours.  Thomas Peterffy a expliqué ce processus en détail dans un balado que nous avions enregistré il y a environ un an.  Je laisse Thomas expliquer certains des principes qui sont ici à l’œuvre (vous pouvez consulter l’intégralité de la transcription ici – en anglais) :

[Un mainteneur de marché] propose un cours acheteur et un cours vendeur pour chaque option et les présente à la bourse sous forme d’ordres à cours limité. Il espère acheter et vendre de nombreuses options à ces cours. À mesure que les cours boursiers fluctuent, il ajuste les cours de ses options en fonction de formules. Tout cela se passe évidemment de façon informatisée, car des millions de cours d’adjudication sont affichés tout au long de la journée et les temps de réponse doivent se compter en millisecondes ou en microsecondes.

Lorsque le mainteneur de marché a l’occasion d’acheter une option sans pousser le prix […] à la hausse sur la bourse, c’est une aubaine pour lui et il est prêt à payer pour en bénéficier.

Il est assez courant que nos clients bénéficient de prix d’exécution plus avantageux que les meilleurs cours acheteur et vendeur national affichés.  Ça n’est évidemment pas toujours le cas.  En l’occurrence, si une action s’apprécie rapidement, les vendeurs d’options d’achat n’ont pas besoin d’améliorer leur offre.  De même, en cas d’écart très étroit, il y a peu de possibilités d’amélioration du cours.

Comme l’expliquait Thomas, un mainteneur de marché affiche une multitude de prix en permanence,  de sorte qu’il faut effectivement tenir compte du nombre de contrats inscrits pour les options les plus populaires et le multiplier par le nombre d’actions ou de FNB dont il a la responsabilité.  Il est peu commode, surtout sur un marché évoluant rapidement, d’afficher un seul meilleur prix dans l’absolu pour chaque contrat.  Au contraire, on affiche un écart légèrement plus large, de manière à répondre aux offres d’achat et de vente à mesure qu’elles se présentent.

En ce qui concerne le Canada, les options inscrites en bourse ne se négocient que chez TMX, où interviennent quelques mainteneurs de marché actifs.  Fait assez unique, il n’est pas nécessaire d’exposer au marché les ordres de grande taille (habituellement 250 contrats ou plus) aux fins de l’amélioration du cours.  On parle ici d’« applications zéro seconde ». La théorie veut que les institutions plus sophistiquées, qui négocient entre elles, savent déterminer elles-mêmes si elles bénéficient de prix justes, à condition de respecter les cours affichés sur le marché.

La logique vient du fait que les applications devaient auparavant être exposées au marché par téléphone.  Le processus prenait un certain temps, souvent plusieurs minutes, et pouvait facilement donner lieu à des fuites d’information.  Toutefois, l’apparition des applications zéro seconde a divisé le marché entre investisseurs de petite et de grande taille.  Le système est toutefois devenu archaïque lorsque les bourses ont développé des capacités de traitement d’ordres complexes nécessitant une exposition d’à peine quelques fractions de seconde.  Le processus continue malgré tout, puisqu’il convient aux grandes banques, qui ne sont souvent pas des mainteneurs de marché actifs, et que leurs clients n’ont pas réclamé de changement.

Dans ce contexte, une institution peut négocier avec le pupitre d’une banque qui se fie aux cours affichés sur le marché.  S’il s’agit d’un contrat relativement peu liquide, l’écart peut être assez large, ce qui permet aux courtiers d’offrir une amélioration par rapport au prix affiché.  Malgré cela, la division du marché fait en sorte que les mainteneurs de marché n’ont pas intérêt à laisser un volume trop important dans le registre lorsque l’écart est serré, puisqu’ils risqueraient de se faire dépasser par des ordres de grande taille auxquels ils ne pourraient pas vraiment participer.

En conséquence, les négociateurs de plus petite taille bénéficient de multiples occasions de produire leur propre amélioration de cours.  Rappelons que les mainteneurs de marché ont presque toujours l’intention de négocier à tout cours leur offrant un profit raisonnable autour de leur juste valeur.  Supposons qu’une option affiche un écart 1,10 $ / 1,30 $.  C’est un écart relativement élevé, mais pas totalement inhabituel.  On peut raisonnablement supposer que les mainteneurs de marché s’accordent sur une juste valeur d’environ 1,20 $, soit le point médian.  Ne pensez-vous pas que l’un d’entre eux serait prêt à vous vendre l’option au prix de 1,25 $?

C’est facile de le savoir, offrez un cours acheteur de 1,25 $.  Les logiciels des mainteneurs de marché sont généralement programmés pour aller chercher ce cours acheteur rapidement.  S’ils pensent tous que le contrat vaut 1,20 $, ils ont tous intérêt à être le premier à offrir un appariement pour ce cours acheteur de 1,25 $.  Dans le cas contraire, ils seront peut-être prêts à répondre à un cours de 1,26 $, et ainsi de suite.

J’ai suffisamment traité ce sujet dans des forums avec de petits investisseurs pour savoir qu’ils croient souvent à tort que les mainteneurs de marché ajusteront leurs cours plutôt que de négocier avec eux.  Or, rien n’est plus faux.  Les mainteneurs de marché ne réalisent un profit que lorsqu’ils effectuent des opérations et leur métier ne consiste pas à éviter les petits ordres.  C’est au contraire leur gagne-pain.  Évidemment, si le cours de l’action fluctue, l’offre d’achat à 1,25 $ peut cesser d’être attrayante,  mais la plupart du temps, si une action est stable et que les options sur celle-ci affichent un écart relativement large, une amélioration de cours n’est pas difficile à obtenir.

J’ai même l’impression qu’il s’agit tout simplement de bon sens.  C’est en tout cas parfaitement logique dans mon esprit de mainteneur de marché.  Les petits investisseurs qui négocient des options ne devraient jamais renoncer à rechercher les améliorations de cours faciles à obtenir, peu importe le marché concerné.  Il s’agit d’occasions qui ne demandent qu’à être saisies.

 

L’auteur est un cadre dirigeant d’une société affiliée à Interactive Brokers Canada Inc. (« IBC »), un participant agréé de Bourse de Montréal Inc. (la « MX ») et un membre compensateur de la Corporation canadienne de compensation de produits dérivés (la « CDCC »). Rien dans le présent article ne doit être considéré comme une recommandation de placement ou de négociation émise par IBC ou l’une de ses sociétés affiliées. La négociation d’options est une activité hautement spéculative qui comporte un degré élevé de risque. Avant de négocier des options inscrites à la MX et émises par la CDCC, il est recommandé aux investisseurs de lire et de bien comprendre le document d’information de la CDCC intitulé « The Characteristics and Risks of Listed Canadian Options » (en anglais).

Les stratégies décrites dans le présent blogue ne sont présentées qu’à des fins d’information et de formation. Elles ne doivent pas être interprétées comme étant des recommandations d’acheter ou de vendre quelque valeur mobilière que ce soit. Comme toujours, avant de mettre en œuvre des stratégies sur options, assurez-vous d’être à l’aise avec les scénarios proposés et d’être prêt à en assumer tous les risques.

Steve Sosnick
Steve Sosnick

Chief Strategist, Interactive Brokers

Steve Sosnick est stratège en chef d’Interactive Brokers. Il est également négociateur en chef de Timber Hill, division de négociation de la société, et membre du Groupe Interactive Brokers, société de portefeuille de l’entreprise. Steve a occupé de nombreux postes au sein de l’organisation depuis son entrée en fonction comme gestionnaire du risque boursier et mainteneur de marché d’options à Timber Hill en 1995. Il a mené l’établissement de la société au Canada en 1998 et depuis, il dirige Timber Hill Canada. Il a consacré une bonne partie de sa carrière à la mise au point et à la mise en œuvre de stratégies de négociation électronique et algorithmique pour les actions et les options avant d’assumer un rôle plus stratégique au sein de l’organisation, soit celui de stratège en chef des options, et plus tard, celui de stratège en chef. Steve a signé plusieurs chroniques publiées dans l’hebdomadaire Barron’s et il est régulièrement invité par les réseaux Bloomberg TV et Bloomberg Radio ainsi que par Yahoo Finance. Il a siégé au conseil d’administration de divers marchés boursiers. Il a aussi été membre des conseils de CBSX, de NSE et de ISE-SE. Au Canada, il est membre du Groupe des usagers de la Division de la réglementation de la Bourse de Montréal et du Comité de produits dérivés de l’Association canadienne du commerce des valeurs mobilières. Avant de se joindre à Interactive Brokers, Steve a occupé le poste de négociateur principal chez Morgan Stanley, Lehman Brothers et Salomon Brothers et a suivi au sein de cette dernière société le réputé programme de formation. Steve est titulaire d’une maîtrise en finance et d’un baccalauréat en sciences économiques de The Wharton School de l’université de la Pennsylvanie.

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