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L’exercice anticipé des options

Martin Noël
25 mai, 2017
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L’exercice anticipé des options

La détention des actions d’une société confère au détenteur, l’actionnaire, les droits suivants :
*Droit de transférer la propriété
*Droit au dividende
*Droit de vote et
*Droit résiduel sur les revenus et l’actif

 
C’est donc dire que l’actionnaire peut librement revendre ses actions, encaisser le dividende lorsqu’il est versé, voter lors des assemblées des actionnaires et recevoir tout résidu provenant de la liquidation de la société. La très grande majorité des investisseurs n’utilisent que les deux premiers droits, soit le transfert de la propriété et l’encaissement du dividende alors que les deux derniers ne le sont qu’occasionnellement. Le détenteur d’un contrat d’options d’achat, bien qu’ayant le droit d’acheter les actions selon les termes du contrat, ne détient pas encore les actions, et ne peut donc tirer avantage des droits qui sont conférés à l’actionnaire tant qu’il n’aura pas exercé son contrat d’option d’achat.

 
Une entreprise qui verse un dividende
Par conséquent, lors du versement d’un dividende par la société sous-jacente au contrat, le détenteur du contrat d’option d’achat verra ce dividende lui passer sous le nez. La seule façon, pour le détenteur du contrat d’options d’achat, d’encaisser le dividende qui sera versé est d’exercer son contrat avant la date ex-dividende. Ainsi, le détenteur devient actionnaire de l’entreprise et obtient automatiquement le droit au dividende*. Il devient donc important lorsqu’on achète des options d’achat de prendre connaissance de la date des dividendes à être versés par l’entreprise avant l’échéance du contrat.

 
Les conditions préalables à l’exercice anticipé
Pour que cela soit avantageux d’exercer son contrat avant l’échéance, certaines conditions doivent être présentes**. Bien entendu, il faut qu’un dividende soit versé, et ensuite que l’option d’achat soit en jeu et que sa valeur temps soit inférieure à la valeur du dividende. En effet, pourquoi exercer une option d’achat hors jeu et payer ses actions plus que le prix du marché pour obtenir un dividende ? Si nous voulons absolument ce dividende, vaut mieux alors se procurer les actions sur le marché que de procéder à l’exercice du contrat d’options d’achat.

 
Une entreprise qui ne verse pas de dividendes
Hormis les cas exceptionnels**, il n’est jamais optimal de procéder à l’exercice anticipé d’un contrat d’option d’achat sur une société qui ne verse pas de dividendes, et ce, pour les raisons suivantes. Premièrement, imaginons que le détenteur d’une option d’achat, qui vient à échéance dans un mois, désire éventuellement détenir les actions dans son portefeuille, et que cette option d’achat soit fortement en jeu. Il pourrait être tenté d’exercer son contrat avant l’échéance, mais en ce faisant il devrait alors débourser la valeur du prix de levée un mois avant l’échéance et ne pourrait encaisser l’intérêt qu’il pourrait gagner durant ce mois.

 

Deuxièmement, la détention du contrat d’options d’achat confère au détenteur une protection contre une baisse du prix de l’action sous le prix de levée durant la vie de l’option. En effet, si le prix de l’action baisse sous le prix de levée, le détenteur qui aura préalablement exercé son option d’achat subira alors une perte que celui qui n’a pas exercé n’aura pas à expérimenter. Il devient donc préférable, et ce peu importe que la probabilité de baisse soit faible ou non, de garder le contrat d’options d’achat jusqu’à l’échéance pour se prémunir contre cette possibilité de baisse. Et finalement, à la suite d’une hausse du prix des actions, le détenteur d’une option d’achat pourrait être tenté d’exercer son contrat d’options d’achat et de vendre ensuite les actions afin de prendre son profit. Dans un cas semblable, il serait tout de même préférable de ne pas exercer et de plutôt vendre les options d’achat afin d’encaisser le peu de valeur temps qui pourrait subsister.

 
Qu’en est-il des options de vente ?
Dans le cas des options de vente de style américain, contrairement aux options d’achat, il peut être avantageux de les exercer avant l’échéance même si le titre ne verse pas de dividendes. Une option de vente suffisamment en jeu peut être exercée avant l’échéance afin d’encaisser la valeur du prix de levée pour la placer au taux d’intérêt courant. Comme l’option de vente agit également comme une assurance, contre une hausse au-dessus du prix de levée dans ce cas-ci, il faut que la probabilité d’une hausse au-dessus du prix de levée soit pratiquement nulle pour qu’on puisse envisager la possibilité d’un exercice anticipé.

 
Les conditions favorables à l’exercice anticipé d’une option de vente
Les conditions favorables sont une combinaison des éléments suivants : une option de vente fortement en jeu, un taux d’intérêt suffisamment élevé, et une volatilité suffisamment faible. En effet, si une option de vente est fortement en jeu et que la volatilité du titre sous-jacent est faible, les probabilités que le prix du titre remonte au-dessus du prix de levée seront alors très faibles également. Si en plus les taux d’intérêt sont élevés, il sera alors intéressant d’exercer l’option de vente avant l’échéance pour encaisser le revenu d’intérêt sur la valeur du prix de levée.

 
L’exercice anticipé d’une option de vente sur un titre qui verse un dividende
Finalement, lorsque le détenteur d’une option de vente désire exercer son contrat avant l’échéance, parce que les conditions énumérées précédemment sont présentes, il devrait alors le faire le lendemain de la date ex-dividende. En effet, imaginons qu’un investisseur détient des actions versant un dividende et qu’il ait acheté des options de vente pour se protéger. On peut facilement comprendre qu’il serait préférable d’exercer les options de vente le lendemain de la date ex-dividende afin de pouvoir l’encaisser plutôt que la veille et de ne pouvoir le recevoir.

 

En conclusion, avant d’exercer un contrat d’options, d’achat ou de vente, il faut au préalable déterminer s’il est avantageux de le faire. Sauf exception**, il n’est jamais avantageux d’exercer un contrat d’options d’achat avant l’échéance sur un titre qui ne verse pas de dividendes. En effet, le seul avantage lié à l’exercice anticipé d’une option d’achat est l’encaissent du dividende. Par conséquent, pas de dividende ? Pas d’exercice ! Pour les options de vente, il en va autrement car l’exercice anticipé de ces dernières permet au détenteur d’obtenir une compensation par l’encaissement d’un revenu d’intérêt généré par le produit de la vente des actions. Ne reste plus alors qu’à déterminer si le revenu d’intérêt est suffisant pour compenser le risque de voir le prix du titre augmenter au-dessus du prix de levée. Mais comme on dit en finance, qui ne risque rien, n’a rien.

 

* Rappelons que seules les options de style américain, comme la très grande majorité des options sur actions, peuvent faire l’objet d’un exercice anticipé, donc avant l’échéance, alors que les options de style européen ne peuvent être exercées qu’à la date d’échéance. De plus, il a été démontré académiquement que l’exercice anticipé n’est optimal que pour le dernier dividende à être versé durant la vie du contrat d’option.
**Certaines situations exceptionnelles, telles qu’une offre d’achat publique ou une réorganisation corporative, pourraient justifier l’exercice anticipé.

 

Bonnes transactions et bonne semaine !

Les stratégies présentées dans le cadre de cette chronique ne le sont qu’à titre d’information et de formation et ne doivent pas être interprétées comme étant des recommandations pour acheter ou vendre toutes valeurs mobilières. Comme toujours, avant de mettre en place des stratégies d’options assurez-vous d’être à l’aise avec les scénarios proposés et d’être prêts à en assumer tous les risques.

Martin Noël
Martin Noël http://lesoptions.com/

Président

Corporation Financière Monetis

Martin Noël a obtenu un MBA en services financiers de l'UQÀM en 2003. La même année, il a reçu le Brevet de l'Institut des banquiers canadiens et la Médaille d'argent pour ses efforts remarquables dans le cadre du Programme de formation bancaire professionnelle. Monsieur Noël a commencé sa carrière dans le domaine des instruments dérivés en 1983 à titre de mainteneur de marché sur options, sur le parquet de la Bourse de Montréal, pour le compte de diverses firmes de courtage. Il a également occupé le poste de spécialiste sur options et, par la suite, de négociateur indépendant. En 1996, monsieur Noël est entré au service de la Bourse de Montréal à titre de responsable du marché des options où il a contribué au développement du marché canadien des options. En 2001, il a participé à la création de l'Institut des dérivés de la Bourse de Montréal où il a œuvré à titre de conseiller pédagogique. Depuis 2005, Martin est chargé de cours à l'UQÀM où il enseigne un cours sur les instruments dérivés au deuxième cycle. Depuis mai 2009, il est président à temps plein de la CORPORATION FINANCIÈRE MONÉTIS, une société active dans la négociation professionnelle et en communication financière. Martin agit comme collaborateur régulier en matière d’options pour la Bourse de Montréal.

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