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TRUMP, ET APRÈS?

Richard Croft
16 novembre, 2016
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TRUMP, ET APRÈS?

Quelle surprise! Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ascension à la présidence de Trump a pris les marchés au dépourvu.

Vers minuit mardi passé, les contrats à terme sur indices boursiers américains négociés à l’étranger dégringolaient vers les seuils de rendement minimaux. Et pourtant, au moment de l’ouverture des marchés nord-américains le matin suivant, les indices avaient récupéré la majeure partie des pertes subies au cours de la nuit.

Que de questions restent en suspens! Comment les sondages ont-ils pu se tromper à ce point? Qu’est-ce qui a mené les marchés à se redresser de façon aussi remarquable alors que la campagne de Trump attirait une telle négativité avant l’élection? Et enfin, quelle incidence aura sa présidence du point de vue des investisseurs canadiens?

On pourrait débattre longtemps des raisons pour lesquelles les sondeurs n’ont pas su prendre correctement le pouls de l’électorat américain. Chose certaine, les médias sociaux y sont parvenus beaucoup mieux, ce qui signifie que les nouveaux médias joueront un rôle déterminant à l’avenir dans le monde du sondage. Nous présumons que ce développement sera favorable pour les sociétés technologiques qui œuvrent dans ce domaine.

Il est par ailleurs intéressant de voir comment la mauvaise performance des sociétés technologiques des deux côtés de la frontière après l’élection est une indication de ce que nous réserve l’avenir. Chose certaine, la remontée qui a suivi l’élection de Trump ressemble plus à une rotation sectorielle qu’à une reprise généralisée.

Les investisseurs institutionnels semblent retirer leurs positions excessives dans les secteurs des technologies, de l’énergie et des métaux précieux pour les déplacer vers le secteur des services financiers et celui des soins de santé. Nous avons également constaté une désaffection à l’égard des titres versant des dividendes, par exemple ceux des secteurs des télécommunications (ex. : BCE Inc.) et des services publics, qui font généralement meilleure figure en contexte de croissance lente et de taux d’intérêt bas.

L’AVENIR

Nous venons d’examiner la réponse des marchés juste après l’élection, mais qu’en est-il de l’avenir? Pour tenter de répondre à cette question, il faut examiner les politiques économiques et financières de Trump. Laissons pour l’instant de côté le contexte politique qui entoure l’immigration et les affaires internationales.

Une chose certaine est que Trump a l’intention de révoquer la majeure partie de l’Obamacare, ce qui devrait stimuler les petites entreprises. En effet, cela pourrait profiter aux entreprises à faible capitalisation qui ont été entravées par les coûts liés à ce programme. Qui plus est, comme les républicains sont majoritaires au Congrès comme au Sénat, Trump dispose des leviers nécessaires pour réaliser les changements voulus.

Au chapitre de la politique fiscale, Trump s’est donné pour mission de réduire l’impôt, d’améliorer les infrastructures et d’assouplir le cadre réglementaire contraignant. Il s’agit de mesures qui jouissent d’un large appui chez les républicains.

Ces initiatives sont directement en phase avec les stratégies de la Réserve fédérale. Alors qu’elle témoignait devant le Congrès, la présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen a maintes fois plaidé en faveur de mesures de stimulation financière, faisant valoir qu’il restait à la Réserve fédérale peu d’outils pour revigorer l’économie en dehors de la politique monétaire. Les investissements en infrastructures vont tout à fait en ce sens et garantissent presque assurément que la Réserve fédérale haussera les taux en décembre.

La déréglementation aura des répercussions pour un grand nombre d’entreprises américaines, que l’on pense aux enjeux environnementaux dans le secteur énergétique (charbon propre, pipeline Keystone) ou aux sociétés pharmaceutiques qui ont subi les contrecoups de l’Obamacare et de la surveillance du Congrès.

Mais la déréglementation concerne avant tout le secteur bancaire, qui avait subi de toute évidence les contraintes d’une réglementation excessive depuis la crise financière. Toutes les conditions sont réunies pour toucher tout particulièrement les banques américaines. La hausse des taux d’intérêt améliorera les marges de profit, la réduction du fardeau réglementaire leur permettra de prêter plus facilement et la stimulation budgétaire alimentera la demande pour les prêts. Mais ne vous y trompez pas : ce développement jouera certainement en faveur des banques canadiennes.

Le secteur financier a d’ailleurs promptement réagi, à tel point que certains analystes sont d’avis que les banques ont déjà réalisé tout leur potentiel de hausse. Je ne suis pas d’accord. S’il pourrait y avoir quelques reculs à court terme, le long terme est prometteur, en particulier si la stimulation financière produit les résultats escomptés au chapitre de la demande pour les prêts.

Initialement, les sociétés technologiques et l’industrie automobile ont fait les frais d’une perception selon laquelle la délocalisation de la production a provoqué une perte d’emplois américains. C’est vrai jusqu’à un certain point. Une certaine baisse de l’impôt des sociétés et l’exonération fiscale temporaire proposée pour les entreprises qui rapatrieraient leur capital aux États-Unis seront nettement bénéfiques pour ces deux secteurs. À terme, le marché reconnaîtra ces avantages et récompensera ces entreprises par une hausse du cours de leur action.

LE REVERS DE LA MÉDAILLE

La présidence de Trump n’est pas sans risques. L’un des plus grands est l’opinion du président élu à l’égard des traités commerciaux comme l’ALÉNA et le Partenariat transpacifique, qui ne seront probablement pas approuvés.

Le sort de l’ALÉNA est en particulier source d’inquiétude pour le Canada, même si c’est le Mexique qui subira la majeure partie des conséquences. Trump a toujours dit qu’il n’était pas contre le libre-échange, mais qu’il voulait simplement des échanges équitables. Étant donné que les coûts pour les entreprises canadiennes sont semblables à ceux des entreprises américaines, je crois que le choc de changements éventuels serait bien moindre pour le Canada, ce qui explique probablement la stabilité relative du dollar canadien par rapport au dollar américain.

L’inconnue demeure la personnalité de Trump et ses conséquences sur la scène internationale. Il faudra essentiellement voir si la personnalité du président Trump sera différente de celle du candidat Trump. À cet égard, espérons qu’il est l’homme décrit par sa famille, et non celui dont les remarques acerbes et les diatribes sur les médias sociaux ont occupé l’avant-plan de la campagne. Espérons aussi que ceux qui guident Trump seront capables de le retenir lorsque

Richard Croft
Richard Croft http://www.croftgroup.com/

Président et gestionnaire de portefeuille

Croft Financial Group

Richard Croft est actif dans le secteur des valeurs mobilières depuis 1975. Depuis février 1993, M. Croft est conseiller en placement et gestionnaire de portefeuille agréé et exerce ses activités sous le parapluie de la société R. N. Croft Financial Group Inc. Richard Croft a beaucoup écrit sur l’utilisation des actions individuelles, des fonds communs de placement et des fonds négociés en bourse à l’intérieur d’un portefeuille modèle. Il est notamment l’auteur de neuf livres et de milliers d’articles et commentaires publiés dans les grands médias canadiens. En 1998, il a développé en collaboration avec d’autres trois « indices FPX » (indices du Financial Post) destinés à l’investisseur canadien moyen. En 2004, il a élargi le concept et développé trois indices de portefeuille « RealWorld », qui sont des indicateurs du rendement des indices FPX après correction en fonction des coûts réels. Il a aussi développé deux indices d’options pour la Bourse de Montréal et la méthodologie « FundLine », une interprétation graphique de la diversification des portefeuilles. Richard Croft a aussi développé un indice de la valeur ajoutée par le gestionnaire qui permet de noter le rendement des différents gestionnaires de fonds en fonction du risque par rapport à un indice de référence. En 1999, il a codéveloppé un système de gestion de portefeuille pour la société Charles Schwab Canada. À titre de gestionnaire de portefeuille de calibre mondial qui met l’accent sur le rendement ajusté en fonction du risque, Richard Croft estime que le rendement ne veut rien dire si on ne sait pas comment il a été obtenu.

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