Volatilité
J'aime

Faire sienne la volatilité d’un élément perturbateur canadien

Jason Ayres
28 août, 2017
197 Lectures
0 Commentaires
Lecture en 14 minutes
Faire sienne la volatilité d’un élément perturbateur canadien

Peu de sujets font l’objet de débats aussi enflammés dans les milieux politiques (et sociaux) que celui de la légalisation de la marijuana. Peu importe ce que vous dicte votre conscience morale à ce sujet, il s’agit d’un secteur qui est là pour de bon. Dans un environnement économique où les gouvernements sont constamment à la recherche de nouvelles façons de nous faire les poches, il n’est pas étonnant que nous nous engagions sur cette voie. Selon le rapport annuel 2016 du Department of Revenue du Colorado, l’État américain a engrangé des recettes fiscales de plus de 150 M$ sur un chiffre d’affaires d’environ 1,3 G$ dans le secteur de la marijuana, lequel est appelé à poursuivre sa croissance selon les prévisions. Imaginons simplement l’ampleur que pourraient atteindre ces chiffres à l’échelle du Canada dans un cadre juridique similaire. Force est d’admettre que le gouvernement du Canada a de bonnes raisons de vouloir étendre son projet d’homologation de l’« herbe » à des fins non seulement médicales, mais également récréatives.

Le secteur canadien de la marijuana destinée à des fins médicales ne cesse de s’épanouir. Au début de l’année 2017, la société Canopy Growth Corporation (TSX : WEED) a annoncé l’acquisition de l’entreprise Mettrum pour un montant de 430 M$. Le secteur en est manifestement à ses débuts, mais cette société concentre ses actions pour s’imposer comme l’un de ses acteurs incontournables. Fait intéressant, dans le prolongement de la légalisation partielle de ce secteur d’activité aux États-Unis, de nombreux investisseurs étrangers commencent à porter une attention toute particulière à ce qui se passe dans notre pays. Toute décision du gouvernement fédéral favorable à la légalisation des activités relatives à la production et à la vente de cannabis dans l’ensemble des provinces fera du Canada un endroit d’autant plus attrayant où s’implanter en vue d’y faire croître une entreprise.

À la lumière des faits susmentionnés, le numéro du 7 août de Les Options en bref, lequel peut être consulté ici sur le site lesoptionscacompte.ca, m’a incité à examiner plus à fond la société Canopy Growth Corporation (TSX : WEED). La négociation des options sur actions WEED n’a débuté qu’en mai dernier. Qu’à cela ne tienne, l’intérêt en cours se veut déjà convaincant. À n’en pas douter, les investisseurs canadiens qui ont recours aux options y voient des perspectives intéressantes. Il appartient à chacun de déterminer la direction qui lui semble la plus prometteuse, mais un coup d’œil sur l’actuelle chaîne d’options (au 23 août 2017) nous permet de constater que l’intérêt en cours totalise 14 462 contrats pour les options d’achat et 5 978 contrats pour les options de vente.

En tant qu’analyste technique, je n’ai eu d’autre choix que de consulter le graphique du cours de l’action (graphique gracieusement offert par StockCharts.com) . J’ai été enchanté d’y déceler plusieurs signaux techniques indiquant un mouvement haussier potentiel.

  1. Biseau descendant, soit un tracé technique haussier
  2. Rupture à la hausse de la moyenne mobile exponentielle sur 20 jours
  3. Indicateur de tendance stochastique en position de survente et amorce d’un mouvement haussier

 

Sachant cela, il importe de considérer que les titres des sociétés dites « perturbatrices » comme WEED affichent souvent des évaluations très élevées en bourse. Les investisseurs se montrent prêts à payer pour la valeur potentielle d’une société, faisant monter le cours de son action sans véritablement se soucier de son évaluation courante. Cette façon de faire tend à rendre le cours des actions volatil et à hausser le cours des options, le marché fixant les cours en fonction du risque et des incertitudes.

On peut observer cette volatilité en comparant la volatilité historique du cours de l’action sur une période de 30 jours (ligne bleue) avec la volatilité implicite moyenne des options (ligne dorée). Comme le montre le graphique ci-dessous (graphique gracieusement offert par IVolatility.com), la volatilité historique est de 30 %, tandis que la volatilité implicite s’élève à 50 %. Le marché s’attend donc à un mouvement marqué.

 

 

En tant que négociateurs d’options, nous disposons de quelques moyens pour tirer profit d’une telle situation. La démarche retenue dépend de ce que l’on cherche à accomplir.

 
L’élément qui retient mon attention d’entrée de jeu est le niveau élevé de la volatilité implicite. Cela suggère qu’il est coûteux de simplement acheter les contrats d’options. Partant de cette observation, il nous est possible de mettre en œuvre un écart, pour compenser en partie le coût élevé de l’opération (il en sera question dans un billet ultérieur), ou une stratégie de vente d’options, pour profiter de la volatilité implicite élevée en qualité de vendeur d’options.

Stratégie de vente d’options 1 : vente d’options de vente

Si vous souhaitez détenir les actions à l’extérieur de votre compte enregistré, il vous est possible de procéder à la vente d’options de vente. En vendant une option de vente, vous encaissez une prime pour assumer l’obligation éventuelle de prendre livraison des actions au prix de levée de l’option vendue.

 
À titre d’exemple, le 24 août dernier, au moment où l’action WEED se négociait à 8,81 $, le cours acheteur de l’option de vente assortie d’un prix de levée de 8,00 $ et venant à échéance en octobre prochain était de 0,70 $. C’est donc dire que le vendeur de l’option de vente encaissait une prime de 0,70 $ pour assumer sur une période de 56 jours l’obligation éventuelle de prendre livraison des actions WEED à 8,00 $. Pour l’investisseur qui souhaite détenir le titre (100 actions pour chaque contrat d’options de vente vendu), le coût d’achat moyen sera donc de 7,30 $, si le cours des actions recule et que l’investisseur fait l’objet d’une assignation qui l’oblige à acheter les actions à 8,00 $. À l’inverse, si les actions se négocient au-dessus de 8,00 $ le 19 octobre prochain, les options de vente expireront sans valeur et l’investisseur conservera la prime encaissée, ce qui équivaudra à un rendement impressionnant de 8,75 % en moins de deux mois. Pourquoi un rendement aussi élevé? Rappelez-vous que le vendeur d’options est rémunéré pour assumer les risques et les incertitudes que comportent les actions. Cela dit, si vous souhaitez détenir des actions de la société, il s’agit là d’une bonne façon de générer des liquidités et d’être rémunéré dans l’attente du repli des actions à un cours plus favorable.

 

Stratégie de vente d’options 2 : vente d’options d’achat couvertes

Si vous projetez d’ouvrir une nouvelle position dans votre compte enregistré et que vous êtes à l’aise à l’idée de détenir immédiatement les actions, vous pourriez alors envisager de mettre en œuvre une stratégie de vente d’options d’achat couvertes.

 
Dans le cadre d’un tel scénario, il serait possible de vendre un contrat d’options d’achat pour chaque tranche de 100 actions que vous achetez. Toujours le 24 août dernier, lorsque l’action WEED se négociait à 8,81 $, il était possible pour un investisseur d’obtenir 0,30 $ pour la vente d’une option d’achat assortie d’un prix de levée de 10,00 $ et venant échéance en octobre prochain. C’est donc dire qu’en tant que vendeur d’options d’achat, vous auriez obtenu une prime de 0,30 $ par action pour assumer sur une période de 56 jours l’obligation éventuelle de vendre vos actions à 10,00 $.

 
En vendant l’option d’achat d’actions contre une prime de 0,30 $, vous auriez effectivement abaissé à 8,51 $ votre coût de base. En supposant que le cours de l’action demeure stable jusqu’à l’échéance de l’option, votre rendement serait de l’ordre de 3,52 % en moins de deux mois. Pour générer des liquidités additionnelles, vous pourriez ensuite vendre de nouvelles options d’achat couvertes par les actions.
Si, au contraire, le cours de l’action venait qu’à atteindre les 10,00 $, vous obtiendriez un avis d’assignation qui vous contraindrait à vendre vos actions au prix de levée de 10,00 $, mais vous conserveriez la prime de 0,30 $. Dans ce cas, le rendement dégagé en moins de deux mois serait de 17,5 %.

 

Les risques

Tant pour le vendeur d’options de vente de la stratégie 1 que pour le vendeur d’options d’achat couvertes de la stratégie 2, les risques courus sont inhérents aux actions sous-jacentes. Dans les deux cas, l’investisseur subit une perte (qui se réalise au moment de la vente des actions) si les actions WEED perdent de leur valeur. Néanmoins, la perte subie par l’investisseur se trouve réduite du fait de la généreuse prime qu’il a encaissée au moment de la vente des options.

 

Combinaison des deux stratégies

Pour l’investisseur particulièrement actif, la combinaison des deux stratégies susmentionnées constitue une excellente façon de générer des liquidités en profitant d’un titre dont le cours des options est onéreux. Cette méthode consiste pour un investisseur à vendre des options de vente à parité d’échéance rapprochée, tant et aussi longtemps qu’il n’est pas contraint d’acheter les actions sous-jacentes par suite d’une assignation. Une fois en possession des titres, l’investisseur vend des options d’achat à parité d’échéance rapprochée. S’il fait l’objet d’une assignation, il vend les actions au prix de levée indiqué, puis il prend une nouvelle position en vendant de nouveau des options de vente, et ainsi de suite. Selon la valeur du compte, une démarche de ce genre peut toutefois se révéler coûteuse en frais de courtage. Par ailleurs, cette façon de faire n’est autorisée que dans les comptes sur marge non enregistrés.

 
Peu importe la perception que vous avez du secteur dans lequel évolue Canopy Growth Corporation (TSX : WEED), force est de constater que les options de la société sont activement négociées et que leurs cours témoignent d’une volatilité implicite considérable. Ces attributs se révèlent fort attrayants pour les vendeurs d’options et méritent qu’on y porte une attention particulière.

Jason Ayres
Jason Ayres http://www.croftgroup.com/

Director

R.N. Croft Financial Group

Jason est un gestionnaire spécialisé en produits dérivés, un administrateur de R.N. Croft Financial Group et un conseiller pédagogique de Learn To Trade Global.com. Jason est membre du Comité d’examen des placements de R.N. Croft Financial Group auquel il apporte son expertise à titre de technicien des marchés et de stratège en produits dérivés. De plus, il occupe le poste de directeur du développement des affaires et il est responsable de la gestion globale du marketing stratégique et opérationnel ainsi que des activités liées aux relations avec les partenaires et les clients. Jason est également l’un des principaux formateurs de la Bourse de Montréal, une entité du Groupe TMX.

47 articles
0 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *